Augmentation valeur du point convention 66 : pourquoi 2020 a tout changé (et pourquoi 2026 ressemble à une salle d'attente)
La question qui revient le plus souvent dans ma boîte mail, ce n'est pas « quand vais-je être augmenté ? ». C'est : « est-ce que quelqu'un a enfin débloqué la valeur du point ? ». Et à chaque fois, je dois répondre la même chose : non, pas en 2026. Le point reste figé à 3,93 € pour les structures adhérentes à Nexem, et à 3,82 € pour les autres.
Sauf que cette question cache une confusion que je vois partout, y compris chez des collègues expérimentés. Beaucoup croient que 2020 a été une année blanche. C'est l'inverse. 2020 a été l'année où le secteur a le plus bougé — mais pas toujours dans le sens qu'on imagine.
Points clés à retenir
- Aucune hausse de la valeur du point n'est actée pour 2026 : le gel se poursuit.
- Deux valeurs coexistent : 3,93 € (adhérents Nexem, depuis le 1er juillet 2022) et 3,82 € (avenant 361 de 2021) selon votre employeur.
- 2020 n'est pas une année neutre : c'est la période des revalorisations Ségur, qui ont agi hors du mécanisme du point.
- Le SMIC a dépassé certains planchers de la grille : un complément différentiel s'applique, mais il ne revalorise pas le point.
- La fusion des branches Nexem/Fehap est le vrai sujet de 2026-2027, pas la valeur du point elle-même.
2020 : l'année où on a augmenté les salaires sans toucher au point
Voilà le piège dans lequel tombent presque tous les articles que je lis sur le sujet. Ils traitent 2020 comme une année de statu quo, parce qu'ils regardent uniquement la ligne « valeur du point » dans les tableaux.
Mauvaise méthode.
2020, c'est l'année des accords Ségur. Et ces accords ont fait quelque chose d'assez tordu sur le plan technique : ils ont revalorisé les rémunérations sans passer par la valeur du point. Forfaitaire, catégorie par catégorie, souvent en euros constants ajoutés au brut. Le résultat a été réel sur les fiches de paie — je me souviens d'avoir recalculé ma grille dans un tableur maison, et l'écart entre « salaire théorique coefficient × point » et « salaire réellement versé » était devenu franchement gênant à expliquer.
Le point de bascule : 3,82 € au 1er janvier 2021
Dans la foulée, la valeur du point est passée à 3,82 € au 1er janvier 2021 — c'est l'avenant 361, celui qui s'applique encore aujourd'hui aux structures non adhérentes à Nexem. Puis Nexem a recommandé 3,93 € au 1er juillet 2022. Depuis ? Rien. Deux ans, trois ans, quatre ans de gel selon le point de départ qu'on prend.
Ce que ça signifie concrètement : si vous êtes éducateur spécialisé, moniteur éducateur, AES ou AMP, votre progression salariale ne vient plus de la valeur du point. Elle vient de votre coefficient, de votre ancienneté, et des primes qui se sont empilées par-dessus la grille. C'est une mécanique complètement différente, et personne ne l'explique correctement aux nouveaux arrivants.
Y aura-t-il une augmentation du point convention 66 en 2026 ?
Non. Aucune hausse n'est actée pour 2026. Point final.
Je sais que ce n'est pas ce que vous voulez lire, et je préfère être direct plutôt que de vous vendre un « les négociations sont en cours » qui ne veut rien dire. Concrètement, ce que ça implique :
- Pour les adhérents Nexem, la valeur reste à 3,93 € — recommandation de 2022, jamais remplacée.
- Pour les autres structures, elle reste à 3,82 € — avenant 361 de 2021.
- Aucun texte officiel portant une nouvelle valeur n'a été publié au Journal officiel ni sur Légifrance.
- Le SMIC, lui, a continué d'augmenter — et il a dépassé les planchers les plus bas de la grille.
Ce dernier point est celui que les gens comprennent le moins bien, et c'est aussi le plus important. Quand le salaire minimum légal dépasse le plancher conventionnel, votre employeur doit verser un complément différentiel pour revenir au niveau du SMIC. Vous êtes donc payé davantage — mais la valeur du point, elle, n'a pas bougé d'un centime. Un nouveau salarié au coefficient le plus bas peut toucher plus que ce que la grille prévoit officiellement. C'est absurde, ça se produit, et ça rend les grilles de la convention 66 de plus en plus difficiles à lire.
Quelle est l'augmentation de la valeur du point FEHAP pour 2026 ?
Même réponse que pour Nexem : pas de hausse actée pour 2026 côté FEHAP.
Et c'est précisément là que le bât blesse, parce que la FEHAP et Nexem ne sont pas dans la même situation de négociation. La FEHAP couvre des établissements privés à but non lucratif, avec sa propre grille et ses propres recommandations patronales. Nexem, de son côté, est l'organisation patronale majoritaire de la branche. Tant que ces deux-là ne parlent pas d'une seule voix, aucune valeur unique ne peut être agréée.
Le vrai sujet : la fusion des branches
Si vous cherchez une raison d'espérer quelque chose pour 2027, ne regardez pas du côté du point. Regardez du côté de la fusion.
La fusion entre les branches Nexem et FEHAP est le chantier qui occupe tout le monde en coulisses. Et tant que la recomposition n'est pas stabilisée, personne n'a intérêt à lâcher une revalorisation du point — parce qu'une valeur agréée aujourd'hui deviendrait automatiquement la base de la future grille unifiée. Négocier maintenant, c'est négocier contre soi-même pour plus tard. C'est cynique, mais c'est la logique à l'œuvre, et aucun communiqué ne vous le dira aussi crûment.
Comparatif : ce qui s'applique selon votre employeur
Le tableau ci-dessous résume ce qui est réellement en vigueur aujourd'hui. Je l'ai construit à partir des valeurs officielles, parce que la confusion entre les deux lignes est la source n°1 des erreurs de calcul que je vois passer.
| Situation de l'employeur | Valeur du point | Référence | Date d'application |
|---|---|---|---|
| Adhérent Nexem | 3,93 € | Recommandation patronale | 1er juillet 2022 |
| Non adhérent | 3,82 € | Avenant 361 | 1er janvier 2021 |
| Salarié au coefficient le plus bas | Complément différentiel SMIC | Droit du travail | En continu |
Un détail qui change tout : l'indemnité de sujétion spéciale de 9,21 % s'ajoute pour les non-cadres. Elle est calculée sur le salaire de base, donc sur coefficient × valeur du point. Si vous recalculez votre paie sans elle, vous allez croire à une erreur qui n'en est pas une.
Quelles sont les dernières actualités concernant la CCN 66 ?
Trois dossiers occupent le terrain en 2026.
- La fusion des branches. C'est le chantier structurant. Il conditionne tout le reste, y compris une éventuelle revalorisation du point.
- L'écart avec le SMIC. À chaque coup de pouce gouvernemental sur le salaire minimum, une partie de la grille devient fictive. Le complément différentiel rattrape, mais il crée des écarts de traitement entre anciens et nouveaux.
- L'attractivité du secteur. Les postes ne se pourvoient plus comme avant dans le médico-social, et un point gelé depuis 2022 n'aide pas à convaincre un candidat de signer plutôt qu'ailleurs.
Je vais être honnête sur un point : je ne crois pas à une revalorisation rétroactive. Le secteur a vécu plusieurs cycles de rattrapage, et à chaque fois l'argent est arrivé sous forme de primes ou de mesures ciblées, pas sous forme de réécriture de la valeur du point. Une rétroactivité sur trois ans de gel représenterait une masse salariale que les structures ne peuvent pas absorber d'un coup, surtout celles qui flirtent déjà avec le déficit.
Comment vérifier par vous-même en cinq minutes
Plutôt que d'attendre une communication officielle, faites le calcul. Prenez votre coefficient, multipliez-le par la valeur du point de votre employeur, ajoutez l'indemnité de sujétion spéciale si vous êtes non-cadre, puis comparez au montant brut ligne « salaire de base » sur votre bulletin. Si l'écart est significatif, deux explications possibles : soit vous êtes sur la valeur 3,82 € et non 3,93 €, soit votre employeur applique un complément lié au SMIC. Dans les deux cas, ce n'est pas une erreur — c'est la conséquence directe du gel.
Ce qu'il faut retenir, et ce que ça dit du système
La valeur du point de la convention 66 est gelée. Elle l'est à 3,93 € pour les adhérents Nexem depuis 2022, à 3,82 € pour les autres depuis 2021, et rien n'indique une sortie de ce gel avant que la recomposition des branches soit stabilisée.
Mais le vrai enseignement de 2020 n'est pas là. Il est dans ce qu'on a fait cette année-là : on a augmenté les salariés sans augmenter le point. C'est-à-dire qu'on a créé un système à deux vitesses — une grille officielle qui ne bouge plus, et une pile de mesures dérogatoires qui la recouvre. Tant que ce mécanisme tient, personne n'a vraiment besoin de débloquer le point. Et c'est précisément pour ça qu'il ne bouge pas.
La prochaine fois qu'une collègue me demandera quand la valeur du point va enfin être revalorisée, je lui poserai une autre question : à quoi bon, si le secteur a appris à augmenter les gens en contournant la grille ?